Trente-cinquième article de blog : la pratique collaborative

Monter un atelier d’écriture en lien avec une exposition photographique

L’objectif premier était de réunir sur un projet commun des personnes de différentes classes ou milieux socio-culturel différents   (personnes de l’atelier issus de différents niveaux ), d’établir des passerelles entre l’art photographique et l’écriture et de construire ou consolider, à plusieurs, des compétences en français, dans une activité d’écriture collaborative.

Pour faciliter ce travail d’écriture en équipe, je vous conseille de travailler en effectifs réduits (groupes de 16 à 18 élèves) et choisi d’exploiter les fonctionnalités du logiciel Framapad.  5 séances  de 4 heures  en salle multimédia me semble un bon compromis.

L’écriture de la nouvelle prend appui sur une photographie réalisée dans le cadre de l’atelier-photo organisé par le Centre-Social ou par l’organisateur de l’atelier s’il possède cette compétence : pouvez-vous expliquer le dispositif ?

En début d’atelier les participants à l’atelier ont pu visionner sur leur poste les photographies sélectionnées par les membres de l’atelier-photo pour l’exposition à venir, intitulée « Se voir ». Celles-ci présentaient une unité thématique, une réflexion commune sur l’identité, sur le(s) regard(s) porté(s) sur soi, sur l’autre. Je leur ai demandé d’en sélectionner trois, en motivant leurs choix.

Les photographies ont ensuite été projetées au tableau et chacun a pu s’exprimer librement : les participants ont alors partagé leurs émotions, plusieurs ont fait mention des échos que certaines images pouvaient avoir en eux…ils ont été également sensibles aux choix que leurs camarades photographes avaient pu opérer, en vue de toucher, surprendre le spectateur… Au terme de cet échange, les binômes se sont rapidement créés : 10 photographies ont été retenues pour l’atelier d’écriture collaborative.

Les participants ont conçu en binôme le scénario de leur nouvelle : comment s’est déroulée cette phase ?

Pour faciliter l’entrée dans l’activité d’écriture collaborative, je demande  à chaque binôme de remplir un document sur le logiciel QUIP.

Sur le document QUIP les apprenants ont pour mission de cliquer sur les différents liens hypertextes. Le but est de s’approprier l’interface de Framapad. Cet espace sert de bac à sable. Les apprenants ont pour mission de remplir une page blanche et de s’essayer à l’écriture.

Il s’agissait alors pour eux de renseigner un certain nombre de « champs » et de construire le scénario de leur récit : schéma narratif, les personnages en actions, le cadre spatio-temporel, le point de vue narratif dominant, le genre de la nouvelle (réaliste ? policière ? fantastique ?…)

Après s’être essayé sur Framapad les apprenants ont pour mission de créer un document QUIP. En haut de leur document se trouve 3 icônes en cliquant sur les 2 petits bonhommes, les participants peuvent partager leur document à leur binôme ou à leur professeur.

Après avoir créé votre document QUIP vous pouvez le partager soit en cliquant sur une des 3 icônes en haut à droite de votre document les petits bonhommes et cliquer sur l’icône bleue en ajoutant des participants 1 par nom 2 par email. En cliquant sur l’icône de couleur rouge vous pouvez partager votre document par email.

Dans le document QUIP les apprenants crée un tableau à 2 colonnes.

J’ai conçu également ce document de sorte qu’ils puissent le compléter/le modifier en cours d’atelier en créant 2 colonnes (« nos 1ères idées » / « les évolutions éventuelles »).

L’écriture de la nouvelle à proprement parler peut se faire en binômes : comment se passe cette écriture collaborative ?

Le Framapad 

Après avoir « arrêté » leurs choix narratifs, les élèves peuvent utiliser le logiciel Framapad qui ne requiert aucune installation ou inscription ou bien accèder au Framapad situé sur le document QUIP du professeur. Un membre de chaque binôme a eu pour consigne de se connecter et d’ouvrir un « pad » (c’est-à-dire une page créée en vue d’une collaboration en ligne). Le fonctionnement est simple : à la simple connexion, une adresse de « pad » se crée automatiquement et c’est précisément ce lien qu’il faut communiquer à l’autre membre du binôme et au professeur pour qu’ils puissent se connecter au pad, et commencer un travail collaboratif. Par sécurité, chaque membre recopie dans un document word /open office le lien du pad pour ne pas le perdre ! A la prochaine connexion, depuis la salle multimédia ou chez soi, il ne faut pas créer un nouveau pad, mais bien se reconnecter au pad initialement ouvert…

Chaque personne connectée au « pad » est signalée par un « code couleur » précis et peut aussi s’identifier par un prénom, nom, pseudo… Ces paramètres permettront bien sûr de visualiser les contributions de chacun, qui s’affichent avec le code couleur, mais aussi d’avertir les contributeurs de la connexion au pad du professeur. Ainsi, quand le professeur choisit de parcourir un pad, le binôme en est automatiquement averti.

Cet outil rend visible les participations de chacun, mais également celles qui n’ont pas été retenues par l’équipe : la modalité « historique » permet de retracer toute l’activité d’écriture, de faire apparaître les corrections/améliorations et de livrer également des informations sur le rythme de la production écrite.

Par ailleurs, le logiciel dispose d’un chat qui apparaît dans un menu vertical, lui aussi entièrement sauvegardé : cette fonctionnalité permet aux élèves d’échanger sur les choix à opérer, de « défendre » leurs propositions, car ils comprennent très vite que le travail collaboratif repose sur des négociations fréquentes… Le chat est également très précieux pour l’enseignant qui entre au cœur de la réflexion de l’équipe, sans interrompre son activité : dans ce dispositif, le professeur ne circule plus entre les rangées ou les îlots, mais de « pad en pad », depuis son ordinateur…

Précisément, quel rôle l’enseignant joue-t-il dans ce dispositif ?

Dans un tel cadre, le professeur peut jouer pleinement son rôle d’accompagnateur en prodiguant conseils et encouragements via « le chat » ; il peut aussi transmettre des consignes différenciées au sein du binôme en invitant par exemple l’un à procéder à des améliorations sur un passage précédemment écrit lorsque l’autre membre progresse sur la rédaction de la scène suivante…

Chaque auteur étant identifiable par le code couleur, l’approche individualisée est facilitée : le professeur cible ainsi ses observations et conseils, mais la dimension du travail en équipe conserve tout son sens dans une réflexion qui doit être également globale. A titre d’exemple, le professeur peut être amené à interroger le binôme sur la pertinence d’un enchaînement, le choix d’un mot, l’équilibre d’un dialogue…
Les élèves sont en général très réactifs dans cette situation de communication qu’ils pratiquent en dehors du cadre scolaire…

Comment les productions des élèves peuvente être valorisées ?

Placés sous verre et dans un format facilitant leur lecture, les textes des élèves peuvent été affichés en « miroir » des photographies.

Les parents et participants peuvent être conviés à l’exposition « Se voir » : cette action a permis de valoriser l’implication de chacun dans un projet qui réunissait un atelier écriture  et un atelier-photo.

Par ailleurs, plusieurs productions et photographies peuvent être publiées sur le blog de l’organisateur de l’atelier.

A l’Ecole (et avec un stylo), on pratique traditionnellement l’écriture individuelle : à la lumière de votre expérience, quelles leçons tirez-vous de cette expérience d’écriture collaborative ?

Cette activité d’écriture collaborative intensifie la réflexion sur le texte, aiguise l’esprit critique puisque l’apprenant est amené à s’interroger non seulement sur ses idées, ses choix d’écriture, mais aussi sur les propositions de son/sa camarade. L’activité d’écriture, de réécriture prend alors tout son sens : le pad (texte et chat) laisse apparaître la production dans son évolution, les stratégies mises en place pour atteindre les objectifs, mais aussi les phases de doutes, de tâtonnements…

Par ailleurs, le travail en équipe crée une dynamique, impulse des démarches incitatives et pose aussi un principe de responsabilisation : le binôme – même s’il est guidé, accompagné à des degrés variables par l’enseignant – doit s’organiser et veiller à l’investissement égal de chaque membre. Au cours de cette expérience, j’ai été particulièrement frappée par la motivation des apprenants  qui sont restés « en connexion » permanente, excluant tout échange oral au profit d’une communication en ligne. Ce cadre s’est révélé particulièrement propice à la concentration et à l’investissement de chacun…

Quelques conseils pour les collègues qui seraient tentés par de semblables expériences ?

N’oubliez pas d’ouvrir un « pad professeur » avant la première séance, pad sur lequel les élèves viendront déposer leur adresse de pad de groupe, en n’oubliant pas de mentionner leur identité…

Je vous conseille aussi de créer un document QUIP qui permet une écriture multimédia.

Je vous conseille aussi d’éloigner les membres du binôme pour exclure toute communication orale.

Pour éviter tout malentendu, précisez bien à vos apprenants que l’ensemble du pad, chat y compris, sera visible de l’enseignant. Naturellement, l’activité d’écriture collaborative avec le logiciel Framapad peut être étendue à bien d’autres situations : pads de « critiques » de films, d’œuvres, de spectacles / pads de construction-élaboration d’un exposé / pad de construction d’un plan détaillé de commentaire littéraire …

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :